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Colombe Mandula : "Les entreprises doivent mettre à la disposition des femmes des outils d’affirmation de soi."

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Selon une étude récente du Forum économique de Davos, la pandémie a fait perdre 36 ans à l'égalité entre les femmes et les hommes dans le monde, tant sur le lieu de travail qu’à la maison. Un constat certes frustrant, mais qui amène à s’interroger : quelles sont les bonnes pratiques pour pallier les obstacles qui entravent les carrières des femmes en entreprise ?

 

C’est la grande question que nous nous posons dans cette interview de Colombe Mandula, cofondatrice de Simundia, dont le parcours d’entrepreneuse inspire et donne envie de se dépasser pour réaliser ses aspirations.

Quel a été ton parcours avant de cofonder Simundia ?

Globalement, j’ai suivi mon instinct, choisissant des sujets qui me passionnaient et en étant guidée par la recherche de sens plutôt que de me calquer sur une trajectoire plus classique. Je suis psychologue clinicienne de formation, discipline qui peut s’appliquer  à beaucoup de champs et dont je me sers au quotidien. En même temps, j’ai un côté assez indépendant, avec un attrait fort pour le monde des start-ups.  C’est pour cette raison que j’ai intégré HEC Entrepreneurs, j’ai adoré cette formation : être confronté à des situations concrètes très variées (création, redressement d’entreprises..) mais aussi l'énergie et les gens que j’ai pu rencontrer. 

Ensuite j’ai travaillé au BCG, en tant que RH sur les sujets de développement de carrière. Le recrutement est particulièrement sélectif au BCG, tous les consultants produisent des supers powerpoints et excels mais les compétences qui font vraiment la différence en termes de performance sont la capacité à communiquer, à gérer son stress ou à motiver son équipe. Le coaching, outil hyper efficace n’était proposé qu’aux Partners donc très élitiste ou aux consultants en situation d’échec. Je trouvais ça vraiment dommage ! 

On a lancé Simundia avec mon associé Grégoire Schiller, il y a plus de 4 ans. On est super complémentaires en termes de profils tout en étant très alignés sur la vision : démocratiser le coaching dans les entreprises.

Quels ont été tes plus grandes difficultés en tant que femme entrepreneur ?

Je n’ai pas le sentiment spontanément que la vraie difficulté soit d’être une femme mais plutôt celui d’être entrepreneur ! Beaucoup d’énergie et de résilience sont nécessaires au quotidien. 

Quand j’y pense c’est vrai que trouver sa place en tant que femme dans des réunions exclusivement masculines n’était pas toujours évident : bien poser sa voix, ou faire face à des remarques stéréotypées par exemple. Je me souviendrai toujours d’un homme assez âgé qui était persuadé que je ne connaissais rien aux chiffres et que je m’occupais plutôt des couleurs de la présentation. Ces biais peuvent être un facteur de stress et avoir un impact sur sa communication ou sa confiance en soi. 

Qu’est-ce qui t’as aidé à  faire face à ces challenges ?

Bien s’entourer est indispensable ! On a une vraie relation de confiance avec mon associé et avec notre équipe, mais aussi avec les coachs de notre communauté. J’ai eu la chance de rencontrer des femmes inspirantes, qui ont eu des parcours professionnels riches et qui sont des mentors. Je les appelle souvent pour bénéficier de leur expérience et conseil. 

Sur le sujet spécifique des réunions, je me suis faite coachée. Je voulais prendre ma place. Ma coach m’a donné un conseil qui m’a beaucoup aidée :  elle m’a encouragée à noter les moments où j’étais inconfortable en réunion et à ne pas les fuir mais au contraire les affronter, en prenant la parole par exemple. Ce sentiment d’inconfort, on choisit souvent de le nier, on se met des limites, alors qu’il faut à l’inverse en prendre pleinement conscience et faire le grand saut en ayant à l’esprit qu’on est aussi légitime que les autres personnes autour de la table. Ce coaching m’a vraiment permis de cultiver cette attitude et maintenant je ne suis plus stressée dans ces réunions, tout est beaucoup plus naturel. 

Ce coaching en affirmation de soi qui m’a beaucoup aidée, on a pu le déployer chez pas mal de clients derrière ! C’est hyper motivant de mettre en place des choses qu’on a testé et qui marchent. 

Est-ce que ça a été difficile de construire la parité chez Simundia ?

Oui ça a été compliqué d’attirer des candidatures féminines au début : nous n’avions que des hommes dans l’entreprise et on ne comprenait pas pourquoi.  Globalement les valeurs véhiculées par les startups peuvent être perçues comme assez masculines (performance, vitesse, force) et la tech attire spontanément plus d’hommes. : seulement 15% des développeuses sont des femmes. On a revu les fiches de postes pour qu’elles soient plus neutres dans le choix des mots et puissent parler à tous. Aujourd’hui on compte plus de femmes que d’hommes chez Simundia !  

Les candidatures féminines sont aussi, je pense, encouragées par le fait d’avoir une femme dans l’équipe fondatrice et d’avoir des femmes managers. On souhaite qu’il y ait dans toutes les équipes de la parité, sans dogmatisme aucun, parce qu’on a constaté que c’est ce qui marche le mieux en termes de créativité et de résultats. On était super content d’avoir une femme dans notre équipe de développeurs par exemple.

Quelle a été ta plus belle victoire en tant que femme entrepreneur  ?

Avoir convaincu de nombreuses entreprises de référence que le coaching, c’est comme le bon sens, il mérite d’être partagé par tous ! Trop longtemps il a été perçu comme élitiste donc réservé au top management. Cette démocratisation est une double fierté, un vrai changement de paradigme mais aussi un accès au coaching à plus de femmes, car la plupart des postes de management sont occupés par des hommes (seulement 36% de femmes occupent un poste de management aujourd’hui, Forum économique mondial de 2020). 

Quelles sont selon toi les actions à mettre en place pour devenir une entreprise inclusive ?

Un état d’esprit partagé par tous dans l’entreprise, bien plus qu'une logique de quotas.

Je pourrais citer plusieurs mesures à mettre en place. Par exemple, former les recruteurs pour qu’ils prennent conscience des biais cognitifs qui les orientent au moment de sélectionner des profils de candidats. Chez Simundia, on a des process de recrutement longs ou le candidat rencontre au moins 5 personnes ce qui limite les biais personnels et on se concentre sur les compétences que l’on recherche et notamment les softs skills. 

L’allongement du congé paternité va également dans le bon sens. L’impact escompté est une meilleure répartition femme/homme des tâches au sein du foyer, et indirectement une diminution des inégalités professionnelles femme/homme.

Après j’en ai un peu parlé tout à l’heure, un des enjeux est que chaque collaborateur se sente en confiance pour trouver sa place dans l’entreprise. Les sujets de diversité et d’inclusion se traitent certes au niveau de l’organisation, mais aussi au niveau des collaborateurs. Pour ça, le coaching est l’outil idéal.

As-tu un rôle modèle de femme leader ?

En ce moment, j’écoute le podcast “Femmes puissantes” de Léa Salamé, qui interviewe justement des leaders inspirantes, qui font office de rôle modèle.  Je trouve génial de se plonger dans leur singularité, leur réflexion, leur combat.

Pour finir, quel conseil donnerais-tu aux femmes qui souhaitent booster leur parcours professionnel ?

Trop de femmes se mettent des limites : elles osent moins revendiquer des augmentations ou des postes à responsabilité au sein d’une entreprise. Les entreprises doivent être vigilantes et mettre à la disposition de femmes des outils d’affirmation de soi. 

J’encourage les femmes à visualiser leur vie professionnelle idéale, mais sans se calquer sur les rêves des autres. Se connecter à soi, faire confiance à son instinct, se demander “de quoi moi j’ai vraiment envie”, puis y aller ! 

 

Écrit par Olivier Wautier
Le 2 juillet 2021